Le burn-out chez les enseignants belges est une réalité de plus en plus préoccupante. Cela n’est pas moins inquiétant de l’autre côté de la frontière francophone d’ailleurs, où l’Education Nationale est en souffrance également. Ce phénomène résulte d’un déséquilibre entre les exigences du métier, toujours plus nombreuses mais pas sensées pour autant, et les ressources disponibles pour y faire face, d’année en année plus rares, qu’il s’agisse de moyens matériels ou humains. En effet, si les enseignants sont souvent menés à mal et méprisés par une partie des citoyens et trop fréquemment jugés de « feignants toujours en vacances », c’est pourtant un métier pénible qui sollicite un investissement humain très lourd. Le manque de reconnaissance est un élément qui revient souvent lorsque les enseignants expriment leur mal-être. A cela, s’ajoute la charge émotionnelle à laquelle les enseignants doivent faire face, premiers spectateurs d’une société qui se perd. Alors que les enseignants sont en réalité des piliers de la société, leur bien-être est souvent négligé. Cet article vise à sensibiliser tant les enseignants que les non-enseignants à cette problématique cruciale.

Les causes du burn-out enseignant
1. La pression du métier :
Les attentes élevées, la charge de travail administrative et le manque de reconnaissance sont des facteurs majeurs. Le sentiment de ne pas avoir de contrôle sur les méthodes d’enseignement ou les décisions scolaires accentue le stress des enseignants. Par ailleurs, l’école doit de plus en plus jouer un rôle éducatif auprès d’élèves dont le sens du respect est interpellant, tout en étant confrontés à des parents qui ne se présentent plus comme des alliés mais comme des adversaires, voire des agresseurs. Nombreux semblent confondre « épanouissement » et « désirs ». Beaucoup sont perdus et ne savent plus comment faire.
2. Charge de travail excessive :
Les enseignants jonglent souvent entre les cours, la préparation des leçons, la correction des copies et les nombreuses réunions. Cette surcharge, bien que l’horaire des cours permettent en principe de terminer tôt, peut rapidement devenir écrasante. Notons que la surcharge n’est pas seulement effective en terme de temps mais aussi une surcharge cognitive ou mentale et émotionnelle.
3. Impact de la pandémie :
La crise sanitaire a amplifié le malaise, comme cela se ressent dans de multiples professions depuis quatre années. L’isolement des élèves durant les confinements ont privé les enseignants de l’un des principaux facteurs de satisfaction au travail : le contact direct avec les élèves. Ces coupures ont eu des répercussions sur le bien-être psychologique des enseignants et des élèves, malgré une diminution temporaire des exigences scolaires. L’école n’est plus l’incontournable, l’indispensable. Les activités riches de sens et d’échanges (sorties, parrainage, coopération…) ont été supprimées. Sans oublier l’habitude que les enfants ont prise avec les fameux écrans. De manière générale, cette crise sanitaire a déclenché une crise mondiale de quête de sens.
4. Manque de ressources :
Le manque de personnel, les classes surchargées et l’insuffisance de moyens matériels amplifient la pression quotidienne. De plus, les enseignants ont le sentiment d’être confrontés à de plus en plus d’élèves qui souffrent de divers troubles des apprentissages, qui ne maitrisent pas la langue d’enseignement malgré qu’ils soient nés en Belgique ou qui souffrent psychologiquement. Cela crée un fort sentiment d’impuissance et de dépassement qui impacte l’engagement et pèse sur les épaules des enseignants qui, depuis l’instauration du « plan de pilotage », doivent rendre des comptes sur les résultats obtenus en pourcentages. Il semblerait que nos décisionnaires politiques souhaitent gérer l’enseignement comme une entreprise à manager en faisant des économies sur la base de notre société.
5. Manque de soutien :
Beaucoup d’enseignants se sentent isolés, sans soutien adéquat de la part de l’administration, la direction ou de leurs collègues. Ce manque de collaboration peut exacerber le stress. Un instituteur se retrouve bien souvent seul à porter les divers problèmes de ses élèves. Le soutien des parents est aussi primordial dans la relation triangulaire parents-enseignants-enfant.
6. Équilibre vie professionnelle/vie personnelle :
La difficulté à établir des frontières claires entre le travail et la vie personnelle et à décrocher une fois rentré à la maison peut mener à un déséquilibre, aggravant ainsi le sentiment d’épuisement.

Les symptômes du burn-out chez les enseignants
Le burn-out, chez tout un chacun, se manifeste par des signes physiques, psychologiques et comportementaux, dont :
- Une fatigue extrême et des maux physiques : migraines, douleurs dorsales, nausées, malaises.
- Un épuisement émotionnel : les enseignants se sentent à bout, avec des accès de colère, des pleurs incontrôlés ou une indifférence émotionnelle (phénomène de dépersonnalisation).
- Une perte d’engagement : ils peuvent ressentir du rejet vis-à-vis de leur travail, se désintéresser des élèves et perdre l’envie de s’impliquer dans des projets pédagogiques.
- Des troubles cognitifs : difficultés de concentration, pertes de mémoire et troubles de la prise de décision.
- Un isolement social : repli sur soi et évitement des échanges avec les collègues, notamment dans les espaces collectifs comme la salle des professeurs.
Les conséquences du burn-out
Le burn-out n’affecte pas seulement les enseignants, mais également les élèves et l’ensemble du système éducatif.
Un enseignant épuisé peut avoir des difficultés à transmettre ses connaissances, à maintenir un environnement d’apprentissage positif et à établir des relations constructives avec ses élèves. Cela peut entraîner une baisse de la qualité de l’enseignement et, par conséquent, des résultats scolaires moins satisfaisants.
Cela sans compter le nombre d’enseignants absents, non remplacés, et ceux qui quittent le navire parce qu’ils sont usés et n’ont plus d’espoir en l’Ecole.
Pistes de solutions
1. Promouvoir un environnement de travail sain :
Les établissements scolaires doivent encourager une culture de soutien et de collaboration. Des espaces de discussion et de partage d’expériences peuvent aider à réduire l’isolement.
2. Soutien psychologique et accompagnement :
La mise en place de cellules d’écoute ou de soutien psychologique permettrait aux enseignants de mieux gérer le stress. Si celles-ci existent, il n’est pas simple de faire appel à ces services. Je n’ai pas connaissance d’une cellule spécifiquement consacrée au burn-out et à sa prévention.
3. Renforcement des ressources humaines et matérielles :
Recruter du personnel de soutien (comme des assistants ou conseillers pédagogiques) et offrir des outils adaptés pour la gestion des élèves en difficulté soulageraient la charge mentale des enseignants. Les heures d’accompagnement personnalisé sont largement insuffisante. Une fois encore, les cabinets de ministres laissent penser que des heures supplémentaires ont été accordées grâce au tronc commun. Il n’en est rien. Les heures de FLA (français langue d’apprentissage) ont quasiment disparues et in fine les heures sont moindres qu’il y a quelques années. Les enseignants se retrouvent face à des niveaux très variés et, dans certains cas, même la différenciation n’est pas suffisante.
4. Encourager l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle :
Les enseignants doivent être encouragés à prendre des pauses, à se déconnecter du travail en dehors des heures de classe et à s’engager dans des activités qui leur apportent du plaisir. Pourtant, les messages de la direction ou des collègues ne cessent jamais, même le week-end. Cela est particulièrement oppressant quand le niveau de stress est déjà trop élevé. Le droit à la déconnexion doit être compris et respecté.
5. Valorisation du métier :
Reconnaître et valoriser le travail des enseignants (évaluations positives, reconnaissance publique, échanges positifs avec les parents, soutien de la hiérarchie, intérêt des collègues) peut avoir un effet protecteur contre le burn-out. Comment pensez-vous qu’un enseignant investi, qui passe de nombreuses heures à concevoir ses leçons, créer du matériel, se former, se concerter, corriger avec bienveillance se sent face aux médias qui suscitent le mépris et les réseaux sociaux qui en rajoutent ? De même, un enseignant présent mais non investi sera mieux considéré par l’équipe et les parents qu’un enseignant qui donne tout mais a une santé fragile. De mon humble avis, la pénurie ne risque pas de se résorber tant que l’image des enseignants sera autant maltraitée.
6. Formation au bien-être au travail :
Former les enseignants à la gestion du stress et aux pratiques de bien-être peut les aider à faire face aux situations de crise. Le burn-out des enseignants est un enjeu de santé publique en Belgique. La mise en œuvre de mesures de prévention et de soutien est essentielle pour préserver leur bien-être et garantir la qualité de l’enseignement.
7. Sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative :
Il est essentiel que les parents, les élèves et les administrateurs soient conscients des enjeux liés au burn-out. Une sensibilisation collective peut contribuer à créer un environnement plus compréhensif et solidaire.
Conclusion
Le burn-out dans l’enseignement est une réalité qui mérite une attention urgente. En sensibilisant les enseignants et les non-enseignants à cette problématique, nous pouvons travailler ensemble pour créer un environnement éducatif plus sain et plus durable. Il est temps d’agir pour le bien-être des enseignants, des élèves et de l’ensemble de la communauté éducative. Revoyons nos valeurs de solidarité et de respect mutuel.

Si tu souhaites approfondir ces informations, tu peux consulter les sources suivantes :


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