36 ans, l’âge auquel tout a basculé.

Quand j’étais plus jeune, j’ai toujours pensé que je serais une vraie femme, féminine, épanouie et accomplie à 36 ans. Je ne sais pas pourquoi, j’ai toujours bloqué sur cet âge. Avec le recul, cela est assez surprenant… 36 ans, c’est l’âge de ma maman sur lequel je suis restée bloquée longtemps. J’avais 14/15 ans et plus et je n’arrivais pas à intégrer que ma maman continuait de vieillir. 36 ans, c’est aussi l’âge auquel ma maman a finalement baissé les bras avec mon papa, l’a laissé partir et a  divorcé, ce qu elle aurait probablement dû faire bien avant. Cela est d’autant plus surprenant que, sans que je le réalise, j’ai fait exactement la même chose avec mon conjoint… à 36 ans. Sauf que la situation était bien différente et que cette rupture temporaire nous a permis de reconstruire un couple plus solide. 

36 ans… C’est un âge auquel j’avais un poids plutôt bas, je mangeais super sain, je courais 3 à 4 fois par semaine, dansais, faisais du renforcement musculaire et gagnais confiance en moi. C’est l’âge où j ai vraiment commencé à prendre soin de moi alors que jusque là je me contentais de ce que chaque jour proposait tout en essayant de faire de mon mieux. 

Et pourtant, c’est aussi l’âge auquel tout à basculé… 

J’étais un peu comme ma maman, ou encore comme ma grand-mère : une superwoman ! Passionnée et ultra impliquée professionnellement, dévouée pour mes enfants tout en ayant appris à prendre du temps pour moi, très sportive, … J’étais sur tous les fronts. Je n’avais même pas le temps de penser à quoi que ce soit tant mon quotidien était rythmé. 

Mais le bateau a chaviré… 

Cela a commencé par une rupture, brève mais intense, chargée de remises en questions sur ma vie entière. Puis, quelques semaines plus tard, mes jambes sont littéralement devenues très lourdes, soudainement, alors que j’allais travailler. Je pensais que c’était une expression, mais pas du tout. Les jambes lourdes, la gorge nouée et la boule au ventre existent réellement physiquement en fait. Quelques semaines plus tard encore, alors que mon conjoint me déposait à l’arrêt du métro que je prenais pour aller travailler, mes jambes ont carrément refusé de bouger. Mon corps était paralysé et ne m’obéissait plus. Mon ventre était lourd, ma gorge nouée, mon cœur palpitait. En larmes, j’ai dû appeler mon directeur pour lui dire que je ne pourrais être présente au travail. Dès ce jour, ma passion pour l’école s’éteignait petit à petit et les jours où mon corps trouvait n’importe quel moyen de me faire rester à la maison s’accumulaient. Mais je n’ai pas voulu l’écouter. C’était impossible. Je ne pouvais pas craquer. J’étais bien trop forte voyons, cela ne pourrait pas m’arriver, à moi… Alors mon corps m’a envoyé des signaux de plus en plus forts. Et la culpabilité est montée en moi et m’a plongée dans un grand désespoir. Je me sentais nulle, moche, stupide, seule, incomprise. La corde était sur le point de craquer et pourtant, je continuais de tirer. Encore. Et encore. J’étais une « warrior », pas une faible ! Je devais tenir bon, ça finirait bien par passer. 

Elle a fini par craquer.

Un légume. C’est comme cela que je me définissais, me voyais, me sentais. 

Je n’avais plus d’émotions, plus d’envie, plus d’espoir. J’étais vide. Ou plutôt vidée. Je ne ressentais que la culpabilité et la déception envers moi-même. Personne ne me comprenait. Comment leur en vouloir ? Moi-même je ne me comprenais pas… Je ne me reconnaissais pas. J’étais seule et perdue.

Malgré cela, je me battais pour ne pas rester inactive. Je « reprenais » la course, le sport, l’alimentation saine chaque semaine… Mais je ne tenais pas : tout m’épuisait. Je me forçais à sortir, à marcher, à prendre l’air, à me doucher, me laver les cheveux, me maquiller. Je cherchais tout ce qui pouvait me faire me sentir mieux, juste un peu, tout ce qui pouvait me redonner de l’espoir. Je faisais des noeuds à la corde pour la réparer. Mais ces noeuds n’étaient pas assez solides. Je n’étais pas assez solide. J’ai dû me faire une raison : non, je ne suis pas la femme idéale, pas la maman parfaite, pas la meilleure des enseignantes

Dépression, burn-out, re burn-out et encore dépression. Ces diagnostics tout aussi insupportables l’un que l’autre tombaient à tour de rôle comme un coup de massue pendant 2 ans. 

J’ai souffert de la maniaco-dépression de mon père pendant toute sa vie (après sa mort aussi d’ailleurs) et il m’était inconcevable de faire vivre cela à mes enfants. Ma maman disait souvent : « Moi, je n’ai pas le temps d’être en dépression ! ». Alors je pensais comme elle. Et je tirais tant que possible. Je faisais des noeuds tant que je pouvais.

Je refusais d’accepter ce que je voyais comme une immense faiblesse.

Je devais être forte, porter ma famille, tout gérer, tout organiser. Je ne pouvais pas abandonner mes élèves ou faire peser mes problèmes de santé sur mes collègues déjà victimes d’un système scolaire fébrile et d’une forte pénurie. La culpabilité et la honte ne me lâchaient pas. Je n’arrivais pas à « me reposer » ou « prendre soin de moi ». Je n’arrivais pas à accepter. Dès que je me reprenais en main, que je pensais le bout du tunnel enfin là, je me lançais dans un tas de projets, qu’ils soient professionnels, familiaux ou sportifs. Et BAM ! Le retour de flamme ne se faisait pas attendre : les infections en tout genre ne me lâchaient plus, les nausées, les migraines, les palpitations, les étourdissements, les malaises débarquaient sans crier gare. Je luttais tant que je pouvais. Puis mon médecin m’arrêtait de nouveau. Et cela recommençait encore. Un cauchemar. 

Trois ans plus tard, j’ai fini par l’accepter. Plus ou moins. Je cherche encore des raisons et des solutions externes. J’arrive enfin à en parler, à m’exprimer. Je vais mieux, même si certains jours sont plus compliqués et que ma santé physique est loin d’être au beau fixe. Même si certains collègues souffrant d’un manque d’empathie ont tenté de m’enfoncer. Heureusement, d’autres étaient présents et soutenants. Mais je retrouve la femme passionnée et investie que j’étais, même si ce n’est plus à l’école.

Beaucoup de femmes fortes pensent qu’elles ne peuvent pas tomber. Et pourtant, quand on s’oublie, notre corps finit toujours par dire stop.

Cet épisode de ma vie m’a appris à écouter mon corps et à accepter que la force réside aussi dans l’acceptation de ses faiblesses. Aujourd’hui, même si le chemin reste difficile, je suis fière des pas que j’ai faits pour remonter la pente. Je ne me sens plus vide : je suis remplie d’espoir et de projets. Je ne culpabilise plus, ce qui était le travail le plus important à faire sur moi-même.

Je pense que toute personne se questionnant sur son existence et le sens de sa vie passera par des périodes de doutes. Mais être perdu est finalement un beau cadeau de la vie parce que nous finirons par explorer toutes les pistes qui pourraient nous permettre de nous retrouver réellement et d’aimer le temps éphémère qui nous est accordé.

J’ai envie de partager cela, aujourd’hui, espérant que certains puissent mieux comprendre ce qui arrive quand notre santé mentale est en berne et sachent que personne n’est à l’abri : oui, oui, moi aussi je ne les comprenais pas. Jusqu’à ce que je le vive, je me croyais intouchable, je pensais qu’il suffisait de se mettre un coup de pied aux fesses… Si seulement… J’ai envie de partager cela, comme un exutoire me forçant à assumer ce dont j’ai tant honte alors que ça ne devrait pas être le cas. J’ai envie de partager cela, pour que ceux qui l’ont vécu ou le vivent sachent qu’ils ne sont pas seuls, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas trop faibles, pour qu’ils sachent qu’on s’en sortira et qu’on en sortira plus grands. 

Qu’avez-vous appris de vos moments les plus difficiles ? Comment avez-vous réussi à retisser votre corde ?


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